Quand l'absence devient Présence
- valerie albert
- il y a 5 jours
- 3 min de lecture
En supervision, nous parlons souvent des situations, des équipes, des résidents.
Mais parfois, une personne transforme, à elle seule, tout l'espace de la rencontre.
C'est cette expérience que je partage aujourd'hui : comment une présence a nourri le groupe, puis comment son absence a continué à nous faire grandir.

Lors d'une supervision, une de plus, une de moins, une qui était différente, il manquait quelqu'un. Il manquait un passage. Il manquait une énergie.
Et tout d'un coup, j'ai pris conscience que, Chère Madame, vous traversiez l'espace de la supervision. Physiquement. À chaque fois que nous nous rencontrions, une fois par mois, vous traversiez, comme si vous nous attendiez, comme si vous attendiez l'heure de la supervision, à 14 heures, pour traverser le groupe, pour nous montrer votre présence, pour interrompre ce qui était, pour que nous portions une attention sur vous, sur votre manière de déambuler avec votre déambulateur, de traverser l'espace dans un instant magique, grâce à votre habillement, votre petit sourire sur vos lèvres.
Et sans rien dire, vous traversiez. Peut-être posiez-vous juste une phrase. Une seule.
Cette phrase n'était jamais anodine. Elle était là pour nourrir la supervision.
Et un jour, la supervision eut lieu... et vous n'avez pas traversé. Vous n'avez pas traversé le champ. Vous n'avez pas traversé l'espace de votre présence, au présent de cette supervision, dans cette EMS.
Et j'en ai profité. J'ai attrapé l'absence de votre présence pour nourrir notre expérience de l'accompagnement du manque.
Car même si un résident décède, votre présence était toujours là.
Alors, ma responsabilité, en tant qu'humaine, et non pas seulement en tant que superviseuse, gestalt-thérapeute, la moindre des choses était que la trace que vous avez laissée reste vivante en nous. Que nous vous honorions. Que nous ritualisions votre présence. Que nous nous souvenions que, sans vous, nous n'étions pas les mêmes. Que le groupe n'était pas le même.
Alors, Chère Madame, peut-être que vous êtes absente physiquement, mais le souvenir de votre passage a laissé en nous une trace. Une trace qui fait que les supervisions ont pris une autre tournure. Une tournure plus délicate, plus intime, plus fragile, plus vulnérable.
Grâce à votre passage, grâce à votre traversée, grâce à votre absence, nous ne sommes plus tout à fait les mêmes.
Et nous avons une attention particulière au fait que tout passage dans notre vie, en tant que professionnels, dans des EMS, dans des soins palliatifs, laisse une trace.
Une trace qui reste, et restera à tout jamais présente.
Alors peut-être s'agit-il de l'honorer, de la célébrer, de la ritualiser, de la rendre visible, afin qu'un peu de chaque être qui a traversé une unité, une supervision, la journée d'un professionnel de la santé, laisse une trace.
Dans notre humanité, il ne s'agit pas de ne pas oublier. Il s'agit de continuer à faire vivre, à faire vibrer, la qualité de ce que la personne nous a révélé de nous-mêmes, du groupe, de la vie.
Alors, à ce moment-là, au-delà de l'absence, elle se transforme en présence. Et nous sommes tous nourris de ces passages, qu'ils soient de notre intimité, de notre vie personnelle, et surtout de notre vie professionnelle.
Continuer à se rappeler que nous ne passons pas simplement d'une personne à une autre. Que nous ne nettoyons pas juste une salle. Que nous ne changeons pas seulement des draps.
Nous rencontrons une personne. Et chaque personne laisse une trace.
C'est aussi ma manière d'accompagner.
De créer du liant alors que le lien n'est plus physique.
De laisser une trace incarnée, visible, pour chaque professionnel.
Que l'autre, le patient, la personne, l'essence, l'âme, est toujours là.
Alors, si vous avez envie d'être accompagné soutenu dans cette démarche, individuellement, ou dans votre institution, qui rend l'accompagnement plus humain, plus ludique, plus créatif...écrivez-moi simplement en message privé.



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