Je suis tellement impuissante
- valerie albert
- 16 juil.
- 2 min de lecture

Nous étions là, ensemble, dans notre solitude et notre impuissance existentielles, au cœur de notre humanité partagée.
Pourtant, vous m'aviez reconnue comme celle qui vous accompagnerait le temps d'une séance. Vous aviez mis en moi votre désir de mieux être, projetant que l'être en face de vous était celle qui pouvait vous soutenir, vous aider à débroussailler, à éclaircir.
Ce matin, vous m'avez dit :
« Mon cœur est gros, mon cœur est lourd, moi aussi. »
Dans ce « moi aussi » partagé, déjà traversé, je reconnais en vous la souffrance, mais non pas que vous n'êtes que ça. Je reconnais aussi ce qui est en moi, ce qui m'a animée, de manière à me relier à ce qui se vit en vous en ce moment.
Je ne sais pas, je ne sais rien. Je tente de rester dans cet état de ne pas savoir afin de laisser entière place à votre savoir.
Pendant quelques minutes, nous avons répété une phrase tellement simple et tellement profonde de sens :
« Je suis tellement impuissante. »
En écho à vos mots, M-A-U-X, j'ai déposé les miens. Nous avons laissé résonner dans l'espace ces mots :
« Je suis tellement impuissante. »
À chaque fois que vous les prononciez, j'en faisais l'écho, avec l'attention de m'accorder au son de votre voix, à son rythme, à l'instrument que vous êtes, à la musique de votre être.
Et tout d'un coup, sans que nous nous y attendions, surgit au coin de mon œil une larme, une émotion qui a rejoint la vôtre.
À ce moment-là, ensemble, nous appelions comme une prière :
« Je suis tellement impuissante. »
Quelque temps après, votre voix s'est ralentie. Le « T » que vous appuyiez au tout début de la phrase s'est assoupli. Tranquillement, doucement, vous êtes resté avec ......
Et le corps a lâché. Les tensions se sont relâchées.
C'était tellement simple et tellement compliqué à la fois. Et pourtant, nous étions ensemble, le temps de quelques minutes, avec cette phrase essentielle, existentielle.
Cette rencontre me rappelle que, en Gestalt-thérapie, c'est dans l'ici et maintenant de la relation que peut émerger le nouveau.
Lorsque thérapeute et patient acceptent de demeurer ensemble au contact de ce qui est, sans chercher à le modifier, une autre expérience devient possible.
La transformation ne naît pas de la volonté de changer, mais de la qualité de la présence à l'expérience vécue.
C'est peut-être là que réside la puissance du processus thérapeutique : dans cet instant présent partagé où chacun est affecté par la rencontre et où, à la frontière-contact, peut émerger un ajustement créateur.



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