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Habiter sa fonction : trouver l’accord entre le rôle et soi

16 août
4 min de lecture

En supervision, nous parlons souvent des situations, des équipes, des personnes accompagnées, des cadres qui nous entourent. Mais parfois, une situation fait émerger une question qui dépasse largement la situation elle-même.

Comment rester pleinement engagé dans sa fonction tout en laissant une place à l’être humain que nous sommes dans la relation ?

C’est cette question, rencontrée au fil d’une supervision, que je partage aujourd’hui : celle de l’équilibre subtil entre le rôle que nous occupons et la personne que nous sommes.



Dans les professionnels que je rencontre, notamment dans les environnements de santé, les institutions et les entreprises, je rencontre souvent cette même question : comment être pleinement dans son rôle sans cesser d’être soi ?


Et il y a l’être humain, avec ce qu’il ressent, ce qui le touche, ses valeurs, ses convictions, ses élans, parfois même ce qui lui vient du cœur.

Ces deux dimensions peuvent parfois sembler devoir s’opposer. Comme s’il fallait choisir entre être un « bon professionnel » et rester fidèle à soi-même.

Or, je crois que c’est précisément dans la rencontre entre ces deux parts que se trouve une richesse.


Une situation rencontrée en supervision

Lors d’une supervision, une infirmière évoquait une situation qui l’avait particulièrement questionnée.

Une personne âgée qu’elle accompagnait lui avait demandé de la prendre dans ses bras.

Pour cette infirmière, ce geste pouvait être une manière humaine de répondre à une demande de réconfort, de présence et de proximité.

Mais elle n’avait pas osé.

Dans son environnement professionnel, cette forme de proximité avec les patients n’était pas considérée comme appropriée. Elle se trouvait donc face à une tension : entendre la demande de la personne et son propre élan relationnel, tout en respectant le cadre dans lequel elle exerçait.


En supervision, nous avons pris le temps d’accompagner cette situation avec le groupe.

Et quelque chose s’est ouvert.

En écoutant cette infirmière, les autres professionnels ont commencé à reconnaître des situations qui leur étaient propres : des moments où eux aussi avaient ressenti quelque chose, eu envie de dire, de faire un geste, de se rapprocher de l’autre, de répondre autrement à une demande humaine, mais où ils n’avaient pas osé.

Les paroles se sont alors libérées.

Une frustration est apparue : celle de ne pas avoir osé parler en « je », de ne pas avoir osé dire ce que l’on ressentait, ce que l’on pensait juste, ou simplement ce qui se passait dans la relation.

La frustration aussi de s’être parfois retenu de poser un geste humain, non pas parce que ce geste était nécessairement interdit, mais parce que l’on n’avait pas trouvé comment l’habiter professionnellement.


La question devenait alors beaucoup plus large :

À quel moment est-ce que je cesse de me relationner depuis qui je suis pour me conformer uniquement à ce que ma fonction attend de moi ?

Et inversement :

Comment puis-je oser être humain dans ma fonction sans sortir de mon rôle, sans franchir les limites de l’autre et sans nier le cadre qui est le mien ?


La question n’était pas de décider simplement : « Fallait-il prendre cette personne dans ses bras ? »

Il s’agissait plutôt d’explorer ce qui se passe lorsque l’élan humain rencontre la fonction.

Pouvoir reconnaître :« J’ai envie de m’approcher. »« Cette personne me touche. »« Je ressens que quelque chose se joue ici. »« J’aurais peut-être envie de lui proposer un geste de réconfort. »


Et ensuite chercher comment traduire cet élan dans un acte ajusté : respecter l’autre, respecter ses limites, respecter les miennes et respecter le cadre professionnel.

Ne pas choisir entre le rôle et l’être

Cette situation m’a rappelé combien les professionnels peuvent être pris entre deux exigences : être à la hauteur de leur fonction et rester en lien avec leur humanité.

Or, l’enjeu n’est pas nécessairement de choisir.

Il est de pouvoir faire dialoguer ces deux dimensions.


Pouvoir dire :

« En tant que professionnel, voici ce que ma fonction me permet de faire. »

Et pouvoir également dire :

« En tant qu’être humain, voici ce que je ressens, ce qui me touche, ce qui fait sens pour moi. »


Puis chercher l’espace où ces deux paroles peuvent se rencontrer.

Car être professionnel ne signifie pas ne plus être touché.

Et être humain dans sa fonction ne signifie pas abolir les limites.


Cela signifie peut-être oser prendre sa responsabilité dans la relation : reconnaître ce qui se passe en soi, le nommer, en mesurer les enjeux et choisir comment agir.


Dans les métiers où l’humain est particulièrement présent . soigner, accompagner, diriger, encadrer, soutenir, décider. Nous sommes à la fois celui ou celle qui exerce une fonction et l’être humain qui rencontre un autre être humain.

C’est dans cet espace d’ajustement que peuvent apparaître une parole plus juste, des actes plus responsables et une relation plus vivante.

Habiter sa fonction, ce serait alors pouvoir rester professionnel sans se couper de son humanité.

Sans perdre sa fonction.Sans se perdre soi-même.

C’est au cœur de mon accompagnement

C’est précisément cet espace que j’accompagne dans mon travail auprès des professionnels que je soutiens.


Au cœur de la relation, je les accompagne à entendre ce qui se joue pour eux, à mettre des mots sur ce qu’ils vivent, à reconnaître leurs élans comme leurs limites, et à trouver comment être en relation avec l’autre sans se couper de soi.


Parce que la qualité de la relation professionnelle ne dépend pas seulement de la fonction que l’on occupe, mais aussi de la manière dont, en tant qu’être humain, on choisit d’habiter cette fonction.




 

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