Je ne manque de rien… et pourtant, je me manque.

Et si ce qui nous manque n’était pas toujours ce que nous croyons ?
Il y a des moments où nous avons le sentiment d’être en retard sur notre vie.
En retard sur ce que nous aurions dû apprendre, devenir, comprendre.
En retard sur cette évolution que nous attendons de nous-mêmes, comme si nous avions laissé passer quelque chose d’essentiel.
Alors nous regardons le chemin parcouru. Nous comptons ce que nous n’avons pas fait, ce que nous n’avons pas osé, ce que nous aurions pu vivre autrement.
Et le temps devient une urgence.
Il faudrait rattraper. Avancer. Évoluer plus vite.
Mais au fond, sommes-nous réellement en retard ? Et sur quoi ?
Le temps de devenir
Une graine ne pousse pas plus vite parce que nous lui demandons de se dépêcher.
Elle rencontre la terre, les cailloux, les obstacles. Elle cherche son chemin. Son mouvement ne se voit pas toujours, mais quelque chose travaille, se transforme, se prépare.
Pourquoi jugeons-nous si facilement notre propre évolution ?
Nous aimerions parfois être plus mûrs, plus libres, plus confiants. Nous nous comparons à une version idéale de nous-mêmes, à ce que nous imaginons avoir dû devenir.
Et nous finissons par regarder notre existence à partir de ce qui manque.
Mais si nous nous arrêtions un instant pour déplacer notre regard ?
Non plus vers ce qui devrait être là, mais vers ce qui est déjà présent.
Qu'est-ce qui me manque, au juste ?
Le mot manque est intéressant.
Il peut désigner ce que nous n'avons pas, ce que nous désirons, ce que nous regrettons. Il peut aussi nous emmener ailleurs : manquer quelque chose, manquer un rendez-vous, manquer une occasion.
Et puis il y a cette autre possibilité, plus intime : se manquer à soi-même.
Passer à côté de ce qui nous anime. Ne plus entendre ce qui nous fait vibrer. Laisser certaines parts de nous s'éloigner de notre quotidien, jusqu'à oublier qu'elles sont encore là.
Nous pouvons avoir le sentiment qu'il nous manque quelque chose à apprendre, à acquérir ou à accomplir, alors que ce que nous cherchons ne se trouve peut-être pas dans un savoir supplémentaire.
Peut-être s'agit-il de retrouver un contact.
Avec notre joie. Notre élan. Notre capacité à être en relation. Avec cette part de nous qui n'a pas besoin de justifier son existence pour avoir le droit d'être là.
Le désir d'être reconnu
Il y a aussi notre besoin d'être reconnus.
Pas simplement être remarqués, félicités ou valorisés. Mais sentir que ce que nous sommes a une place dans le regard de l'autre.
Être accueillis dans notre singularité, dans nos qualités, dans ce qui nous touche et nous anime.
Et pourtant, recevoir cette reconnaissance n'est pas toujours facile.
Nous pouvons la désirer et, lorsqu'elle nous est offerte, la mettre en doute. Nous pouvons entendre les mots de l'autre sans parvenir à les laisser nous rejoindre.
Comme si une partie de nous attendait cette reconnaissance, tandis qu'une autre ne savait pas quoi en faire.
Alors, nous nous demandons comment apprendre à nous reconnaître nous-mêmes. Nous cherchons la bonne attitude, la bonne pensée, la bonne manière de nous accepter.
Mais cette recherche peut devenir une exigence de plus.
Et si nous commencions autrement ?
Par reconnaître que c'est difficile.
Reconnaître la difficulté sans nous reprocher de l'éprouver.
Ne pas chercher immédiatement à la dépasser. Lui faire une place, le temps de sentir ce qui se passe en nous.
Parfois, c'est déjà un déplacement.
Ne plus se manquer
Dans l'approche Gestalt-existentielle, l'expérience ne se réduit pas à ce que nous pouvons comprendre ou expliquer de nous-mêmes.
Elle se découvre aussi dans l'instant : dans une sensation, un mouvement, une émotion, une parole, dans ce qui se passe entre soi et l'autre.
Ce qui semblait immobile peut se remettre en mouvement. Ce qui paraissait absent peut retrouver une présence. Une émotion peut nous conduire vers une autre, et nous faire découvrir quelque chose que nous n'avions pas prévu.
Il ne s'agit pas de forcer une transformation, ni de chercher à tout prix une révélation.
Il s'agit de rester suffisamment proches de ce qui se vit pour lui permettre de prendre forme.
Alors, peut-être que la question n'est plus seulement : « Qu'est-ce qui me manque ? »
Mais aussi : « Où est-ce que je ne me rejoins plus ? »
Qu'ai-je laissé de côté dans ma manière de vivre ? Qu'est-ce qui cherche encore une place ? À quoi ai-je cessé de prêter attention ?
Ne plus se manquer, ce n'est peut-être pas réussir à devenir quelqu'un d'autre. C'est retrouver le chemin vers ce qui, en nous, est encore vivant.
Et ce chemin peut se découvrir seul, mais aussi dans la rencontre avec l'autre. Dans cet espace où nous pouvons nous laisser toucher, recevoir une parole, sentir notre présence et celle de l'autre.
Sans devoir immédiatement changer.
Sans avoir à rattraper le temps.
Simplement, retrouver le goût d'être là.
Et si vous souhaitez, vous aussi, explorer cet espace où ce qui est vivant en vous peut retrouver sa place, où ce qui manque peut être approché autrement et où ce qui émerge peut être accueilli sans être immédiatement transformé, je vous invite à me contacter.
Que ce soit dans un accompagnement thérapeutique individuel ou dans le cadre d’un accompagnement d’équipe ou institutionnel, cet espace peut devenir un lieu où la personne, la relation et ce qui se joue peuvent trouver leur juste place.



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