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Accompagner le vivant jusqu’à la mort, accompagner la mort jusqu’à la vie



Plus j’avance dans ma pratique et dans mon existence, plus je rencontre des personnes endeuillées.

Endeuillées d’une personne aimée, bien sûr, mais aussi d’une vie, d’un rêve, d’un amour, d’une famille, d’une partie d’elles-mêmes.

Il ne s’agit pas simplement de « faire son deuil », comme si le temps pouvait effacer la douleur de l’absence de ce qui était essentiel, de ce qui faisait vibrer.

Une jeune femme, après le décès de son grand-père, me ramène à cette question profonde : comment continuer à vivre avec ce vide lorsque quelqu’un qui comptait tant n’est plus là ?

Et pourtant, ce vide peut parfois être rempli d’une présence.

Une présence faite de souvenirs, de moments partagés, de joies simples, de paroles échangées, de gestes qui continuent d’exister autrement.

On entend souvent : « Il faut laisser partir la personne. »

Mais l’endeuillé ne souhaite pas toujours partir.

Il a besoin de temps avant de se détacher doucement de cette main tenue dans une chambre d’hôpital, de cette chaleur, de cette présence qui contenait tant de promenades, tant de regards, tant d’années de vie partagée.

Il ne souhaite pas quitter trop vite cette relation unique.

Il a besoin de délicatesse, de silence, d’un espace où les paroles de l’autre continuent encore à résonner.

Il a besoin de toucher le manque, car ce manque révèle aussi l’ampleur de la présence.

« Alors laissez-moi être là. »

Laissez-moi doucement pleurer, regretter, traverser cet espace entre deux mondes.

« Laissez-moi me délier sans me séparer. »

Comme une feuille qui quitte ses racines, non pas parce qu’elle oublie l’arbre qui l’a nourrie, mais parce qu’elle porte en elle quelque chose de ce lien.


Lorsque la maladie annonce la finitude


Dans ma pratique, j’accompagne également des personnes dès l’annonce d’une maladie grave.

Lorsque l’ombre de la maladie apparaît, avec des mots chargés de peur, de douleur et de finitude, quelque chose vient bouleverser l’existence.

Et pourtant, j’observe souvent que dans cette confrontation avec la fragilité de la vie, un mouvement profond peut émerger : celui du désir de vivre.

Certaines personnes trouvent en elles des ressources insoupçonnées pour rester présentes à leur vie, à leur famille, à leurs proches.

Elles choisissent de continuer à exister, à aimer, à transmettre.

Elles ne souhaitent pas toujours regarder l’effondrement intérieur qui pourrait surgir.

Et parfois, c’est une manière juste de se protéger.

Ce n’est pas forcément du déni.

C’est parfois une façon de prendre soin de ce qui demeure vivant en soi.

Puis l’ombre revient.

Les mots changent : récidive, soins palliatifs, fin de vie.

Ils entrent dans l’espace de la rencontre.

Alors nous cheminons ensemble, instant après instant, en accueillant ce qui surgit.

Sans précipiter.

Sans détourner le regard.

En cherchant ce qui demeure essentiel.

Plus l’ombre se rapproche, plus parfois la lumière de vivre devient précieuse.

Il devient possible de se demander :

Qu’est-ce que je souhaite encore vivre ?Qu’est-ce que je souhaite transmettre ?Quelles traces ai-je envie de déposer dans le cœur de ceux que j’aime ?


Car lorsque la présence physique disparaît, quelque chose demeure.

Des paroles. Des gestes. Une manière d’aimer. Une façon d’avoir été au monde.

Une part de soi continue de vivre dans ceux qui restent.

J’accompagne le vivant jusqu’à la mort, et j’accompagne la mort jusqu’à ce qu’elle puisse trouver une place dans la vie.

Parce que même lorsque l’ombre semble prendre toute la place, la vie continue de chercher son chemin.


Cette approche s’inscrit également dans mon accompagnement des professionnels confrontés quotidiennement à ces réalités humaines : soignants, équipes et intervenants auprès de personnes malades, en fin de vie ou endeuillées.


À travers des espaces de formation, de supervision et de réflexion clinique, je propose d’explorer ce que ces expériences viennent toucher dans la relation d’accompagnement, afin de continuer à prendre soin avec présence, justesse et humanité.





 

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